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Chapitre 30 : La drogue ressuscitée

Vers 1950, au cœur des métropoles américaines, le commerce des produits interdits renaît. Si le New York Times s’inquiète, les experts se font rassurants. Le même appétit pour les toxiques, ultime retombée de la guerre, s’est rencontré dans les années vingt, après le premier conflit mondial1.Mais loin de disparaître, les consommations reprennent de plus belle : les communautés noires ou hispanophones intègrent les drogues à leur quotidien. De surcroît, les usagers rajeunissent, et l’on découvre que les consommateurs en culottes courtes se multiplient. Le 20 janvier 1952, la presse révèle l’existence d’un « drogué » de huit ans : un jeune fumeur chronique de marijuana 2 ! Celui qui l’approvisionne est un dealer du Bronx âgé de dix-neuf ans, Hector Lopez. L’histoire n’est pas neuve, sans doute: le docteur Lawrence Kolb, dès les années vingt, rapporte des cas de très jeunes drogués. Mais comme d’intéressantes exceptions … En 1945, à l’hôpital de Lexington, on dénombre à peine un moins de vingt ans sur trente pensionnaires. Cinq ans plus tard, la proportion est déjà d’un moins de vingt ans sur cinq 3. Les ghettos se shootent, à l’âge tendre …

 

Les coucous de Midwich

Toxicomanie juvénile et délinquance marchent de concert. Les statistiques officielles enregistrent « une a augmentation sans précédent ». « Les chiffres de la délinquance des jeunes de seize à vingt et un ans, à New York, ont fait un saut de 52,7% au cours de 1954 », écrit Ralph W. Whelan, directeur du Service de la jeunesse de la ville 4. Quelques années plus tard, en 1957, toujours à New York, le département de la Police compare ses chiffres à ceux de l’année précédente: 92% d’augmentation pour les délits de possession d’armes dangereuses, 54% pour rassemblement illégal, 39% pour attaques criminelles, 36% pour vol de voiture. Montée des délits contre les biens accompagnés de violence, net accroissement du vandalisme, avancée de l’âge du premier délit… : ghetto, pauvreté, jeunesse et drogue deviennent synonymes 5. Dans les cauchemars qui hantent chaque nuit les classes moyennes, rôdent de jeunes héroïnomanes de couleur.

Partout en Occident, la jeunesse s’insurge. Tout commence par les fils d’ouvriers. À Stockholm, les Skunafolkes brûlent les voitures dans les rues. Ils font peur, tout comme les Halbstarkenkravalle à Berlin-Ouest, les teddy boys à Londres, ou les jeunes voyous – les JV – à Paris. Puis les services de police relèvent l’existence de bandes au sein des classes moyennes. Les blousons noirs inquiètent, mais, somme toute, il est de tradition que les classes laborieuses soient dangereuses; les blousons dorés, eux, laissent les adultes abasourdis. Et pourtant, le fait est là. Dès 1955, pour la Commission pour la jeunesse de New York, la délinquance juvénile a franchi les barrières de classes : « Elle ne se borne plus aux zones urbaines défavorisées. Sa fréquence s’élève brutalement dans les villes de moindre importance et les banlieues 6. »

Les rues sont livrées aux bandes ? L’intimité des foyers se déchire aussi. Adolescents et adolescentes autrefois pacifiques statufient James Dean, rebelle sans cause, et font d’Elvis leur héros. « Presque tous les pays d’Europe découvrent le nouveau visage de leur jeunesse: violente, immorable, désabusée », constate Jean Monod 7. Et droguée, dit-on bientôt. La drogue, en effet, trouve au sein de la jeunesse ses avocats, ses grands prêtres et ses petits sorciers: les enfants des classes moyennes l’ont adoptée dans une configuration qui englobe le jazz, Harlem, les Chicanos et la révolte contre l’ordre protestant.

Çà et là, riches et pauvres se mêlent. En 1963, à Paris, à la Nation, cent cinquante mille jeunes, fêtant idoles et copains, se déchaînent dans la capitale au cours d’une « folle nuit ». Sans que la guerre des jeunes ait jamais lieu: Johnny le révolté épouse la sage Sylvie, et le petit monde des yéyés communie dans le culte de Salut les copains. Ailleurs, les groupes s’entrechoquent: en 1963, les mods et les rockers s’affrontent pendant tout un week-end au cœur deBrighton. Les premiers, employés de banque ou vendeurs,8 habillés à l’italienne, filent sur leur Vespa, fanatiques de rhythm and blues; les seconds, prolos emplis de hargne, bardés de cuir et les cheveux gominés, rendent un culte à Chuck Berry et Gene Vincent. Les uns comme les autres travaillent. Et marchent aux amphétamines. Il leur faut un stimulant pour vivre pleinement leurs soixante heures du week- end. Ils ne se « droguent» pas: ils prennent un stimulant. En Suède, des jeunes se précipitent sur les amphétamines et vont jusqu’à se les injecter. Vers 1965, le marché noir prend un nouvel essor 8. Cette tradition du nord de l’Europe se perpétuera. Les punks des années soixante-dix, comme Johnny Rotten, se bourrent encore d’amphétamines, «la seule drogue qui vous fait vous lever et poser des questions et non pas vous coucher et donner des réponses: ça fait monter le QI de huit points », sans accrocher. Au procès du chanteur des Sex Pistols, sa mère témoigne: «Ce n’est pas de la drogue, ce n’est que du speed … » « Les mamans savent bien », concluent ses biographes officiels 9.

pans les années 1950, l’adolescence devient affaire d’Etat. Parents, éducateurs, chercheurs en sciences sociales s’interrogent gravement… Au début du siècle, lorsqu’un jeune se drogue, les experts le jugent perverti par son entourage, et tout particulièrement par les adultes qui l’ont initié: c’est ce que dit le docteur Kolb des jeunes toxicomanes. Le mythe est celui de la petite victime, dépravée par des êtres sournois et vicieux 10. Mais, dans les années cinquante, pour les adultes abasourdis, tout a changé. Les «victimes» elles-mêmes réclament de la drogue, à cor et à cri! C’est l’apparition d’une tribu étrange sur laquelle se penchent psychiatres, sociologues et criminologistes. On multiplie les congrès, sur le thème «Drug Addiction among Adolescents», et l’on trace des profils de ces jeunes, souffrant d’« inadaptation social eIl ».

Auparavant, le produit s’intégrait à une sous-culture criminelle, dont l’activité centrale était le vol. Le monde de la délinquance avait ses structures stables, ses membres disciplinés et sa morale. Les petits malfrats entrant dans la carrière apprenaient le métier au contact des vieux gangsters chevronnés. Le trafic des drogues, comme leur consommation, était le fait de personnalités dites « intro-déterminées », partageant les valeurs de l’Américain moyen. Dans les années cinquante, les jeunes, déviants plutôt que délinquants, rompent les amarres avec la tradition … On les décrit comme « extra-déterminés ». Ils s’exhibent et se mettent en scène. Perpétuellement à la recherche du plaisir et du rêve, ils satisfont toutes leurs pulsions, s’engagent dans tous les conflits. Leurs capacités d’organisation sont faibles: peu ou pas de critères d’admission pour faire partie de la bande. A la place des règles de conduite, des émotions fortes. Pour gagner un peu d’argent et vivre à la marge, on fait n’importe quoi. De la prostitution de temps à autre; quelques modestes délits, du petit commerce de marchandises interdites ou volées. Ces comportements nouveaux sont l’extrême limite d’une dérive sociale et culturelle: les jeunes se retirent de la société ; les adjuvants du rêve et11 de l’oubli les y aident. On écoute de la musique. On boit de l’alcool. On fume. On se fixe. Tout, pourvu qu’on s’évade.

Des sociologues incriminent l’Occident, incapable d’offrir aux adolescents les rites de passage propres aux sociétés traditionnelles, reléguant les jeunes dans le ghetto de leur sous- culture. Des psychologues mettent la famille en accusation, dénoncent la toute-puissance des mères, leur agressivité inconsciente envers les hommes, fustigent la démission des pères et vilipendent la morale puritaine qui produit refoulements et névroses. C’est la belle époque de la « crise d’adolescence ».

Dans Les Coucous de Midwich 12, le romancier de science- fiction John Wyndham raconte ce qui arrive à un petit village anglais sans histoire. A son entrée, un panneau: MIDWICH, ne pas troubler son paisible sommeil ! Pendant quelques heures, entre le 26 et le 27 septembre, Midwich est isolé du monde. Dans un cercle de trois kilomètres de diamètre, veaux et vaches, moutons et volailles, taupes et souris tombent sur le sol, prostrés. Les hommes et les femmes aussi. Neuf mois plus tard, les femmes en âge de procréer se retrouvent toutes enceintes. Leurs enfants sont magnifiques. Garçons et filles, tous sont blonds, avec d’étonnants yeux d’or durs et brillants comme des gemmes. A sept ans, ils maîtrisent la théorie de la relativité. Ils parlent anglais, mais communiquent aussi entre eux par télépathie. Elevés, nourris, chéris par leurs parents, ils ne leur manifestent aucune reconnaissance. Sans méchanceté, ils exigent leur dû et écartent violemment ce qui les gêne. De fait, ils viennent d’une autre planète, et il faudra les anéantir.

A la même époque, Frankie Lymon et les Teenagers enregistrent Why do Fools Fall in Love. Le chanteur bassiste Sherman Garnes démarre la chanson: «Ay, deum-da di-deum dah-deum … » Et Frankie répond: « Ouh-ouah-ou-ouh-aua-ah », relayé par le reste du groupe. Les parents écoutent leurs rejetons sans cœur communier autour de ces phrases hermétiques, vibrer devant le transistor fraîchement inventé, accrochés à ces hurlements sauvages. Et, tels les habitants de Midwich, ils se demandent s’ils n’ont pas mis au monde des mutants télépathes …

Au-delà de ces premiers craquements, pour la drogue, la .grande rupture date de la seconde moitié des années Soixante. C’est le début d’un nouvel,engouement international, parfois baptisé la « Grande Epidémie ». En 1964, les étudiants de Berkeley se révoltent. De leach-in en sit-in, le « mouvement pour la liberté de parole », animé par Mario Savio, revendique le « pouvoir étudiant ». Son journal, le Berkeley Barb, au nom des droits civiques, s’oppose à la guerre du Viêtnam. Tout fait s’enfler la contestation: les espoirs qu’avait fait naître l’élection de Kennedy, vite déçus par son assassinat; l’inquiétude provoquée par l’intervention au Viêt-nam, en 1965, et enfin le bouillonnement des minorités ethniques, au cœur des villes. Les étudiants découvrent la politique. Et la drogue.

De l’Europe du Nord à l’Europe du Sud, le vieux continent rejoue bientôt le scénario américain. La Grande-Bretagne la première, qui connaît une consommation traditionnelle de cannabis, par le canal des Jamaïcains, des Chypriotes et des Turcs, immigrés après la guerre pour des raisons économiques. En 1962, les colonies de l’Empire obtiennent leur indépendance et, des quatre coins des Caraïbes, les colored people affluent vers Londres et se regroupent à Kingston, entre Ladbroke Road et les taudis d’Harrow Road, mêlés aux Irlandais. Les jeunes Anglais des classes moyennes découvrent les Rastas, dans leurs shebeens, vivant au rythme jamaïcain, et ils tombent amoureux de ces exilés, de leurs vêtements criards, de leurs chants, de leurs danses, de leur résistance au monde occidental. Les musiques métisses absorbent le jazz et les jeunes Anglais s’imprègnent de ska et de reggae. Et la marijuana accompagne les sound systems …

La légende dorée de la pop-music veut que Bob Dylan ait initié les Beatles aux joies du LSD et de la marijuana. Toujours est-il qu’en 1965, avec la « beatlemania» anglaise, une authentique industrie propage les cheveux longs à l’ensemble des teenagers et fait tourner le joint. Deux ans plus tard, le Times, dans un à-peu-près devenu célèbre, annonce que la Rock Culture est devenue la Drug Culture. Le 24 juillet 1967, des personnalités en vue s’offrent une page entière du London Times. C’est une pétition pour la dépénalisation du cannabis, une drogue qui « procure un plaisir anodin» et « élargit le champ de la conscience». Outre les Beatles, Graham Greene et David Bailey, des personnalités des arts et spectacles, des universitaires mettent leur nom au bas de ce texte. La drogue est un cheval de bataille.

Le nouvel engouement a saisi toute l’Europe du Nord. En 1967 toujours, un groupe d’experts évalue à 23 % des garçons et à 17 % des filles les lycéens suédois de 15 à 16 ans ayant goûté d’une drogue illicite 13. De la Suède, la vague gagne le Danemark, la Norvège, et l’Allemagne fédérale. Elle se propage, portée par les médias. Au Danemark, ceux qui n’ont jamais consommé de drogue deviennent minoritaires au sein de la jeunesse. Le phénomène s’amplifie. En 1969, sœur Patricia, responsable des services pour alcooliques et toxicomanes dans le Surrey, s’indigne: bien qu’âgée de soixante-dix ans, elle n’a jamais vu de vendeurs de LSD déguisés en marchands de glaces proposant leur marchandise à la porte des écoles! Deux ans plus tard, l’Observer constate avec amertume que le cannabis « fait partie intégrante de la vie universitaire anglaise» et qu’il est « de plus en plus toléré à la fois par les professeurs et par la police 14 ». On parle de quatre millions d’usagers en Grande-Bretagne …

En Hollande, les provos revendiquent la libéralisation des mœurs, le droit à l’avortement, et, pour les jeunes, l’autogestion d’immeubles collectifs. Ils sont représentés au conseil municipal d’Amsterdam. La municipalité leur accorde d’ouvrir le Paradisia dans une église désaffectée, puis le Kosmos. Au grand scandale des autres pays européens, les jeunes y fument ouvertement du cannabis – commerce toléré à partir de 1969. La Hollande acquiert le statut de Drug Scene de l’Europe. Des bois de Rotterdam, résonnant de concerts pop, au Dam d’Amsterdam, Couvert de hippies, de l’Aloha, haut lieu de la contreculture, aux squares situés dans le nord de la ville, les Jeunes affluent des quatre coins de l’Europe.

En Allemagne fédérale, Berlin, Hambourg, Francfort ou Munich conjuguent musique, luttes politiques et drogues. La consommation de cannabis, puis la vague Psychédélique passent par la révolte étudiante et la Gegenkultur: des pratiques alternatives pour la garde des enfants, la production de films, de disques, le logement ou l’organisation de concerts. Pour la prise en charge des drogués aussi. A Hambourg, l’association Release, fondée par un ex-junkie et installée dans un double immeuble, gère un restaurant, une imprimerie, des ateliers vidéo, un magasin d’artisanat, produit des films expérimentaux. Les médias du groupe Springer dénoncent pêle-mêle les drogués, les voyous et les communistes, mais la social-démocratie de Willy Brandt, élu avec les voix des jeunes, subventionne les activités de Release.

La vague gagne l’Europe du Sud. En France, la rupture date de 1967. Mais seuls les spécialistes sont alertés: « C’est à partir de 1967-1968 que, brusquement, les entrées des toxicomanes à l’hôpital Henri-Rousselle, auparavant exceptionnelles, s’accroissent de façon vertigineuse », affirme le Dr Daumezon 15. Le Dr Olievenstein, à Sainte-Anne, suivait une poignée de toxicomanes en 1966; l’année suivante, dès la rentrée, il en a déjà rencontré quatre-vingt-un 16 ; et les services de police signalent la même inflation statistique 17

Deux ans plus tard, au beau milieu de l’été, dans le Midi, cinq jeunes gens meurent d’overdose. Les médias s’affolent. Un «choc brutal », un « phénomène subit, dramatique », une vague« sans commune mesure avec les précédentes », affirme plus tard le rapport Pelletier 18. La France abasourdie découvre que la drogue « est en passe de devenir un problème national 19 ». En juillet 1970, Jean Cau vaticine pour Paris-Match : « Parents, attention, le fléau arrive chez nous… Héroïne, morphine, cannabis, hallucinogènes ont établi partout leur règne hideux. Depuis deux ans, ils ont posé quelques tentacules en France 20. »

L’Italie découvre ses drogués selon un mécanisme assez semblable, par le « scandale de la péniche », de 1969. Le propriétaire de ce bateau, qui possède également une boîte de nuit, est inculpé: on a découvert dans son embarcation, à l’occasion d’une descente de police, une centaine d’adolescents drogués, certains «dans un état léthargique », dont une mineure de treize ans 21. A Rome, le professeur Tomaso Martelle, chef des services sanitaires de la ville, lance un vibrant appel: que cesse la diffusion de stupéfiants et d’hallucinogènes auprès des étudiants ! Un inlassable scénario se met en place. On révèle une« affaire », où l’anecdote et le sensationnel sont soigneusement dosés. La presse, la radio, et la télévision la commentent avec une délectation morbide. Et les politiques viennent clore le ban, multipliant les déclarations fracassantes pour stigmatiser ce « fléau social ».

Le scandale et la panique ont précédé l’événement : il n’y a alors guère plus de deux mille toxicomanes, selon Olievenstein; au sud de l’Europe, les imageries élaborées outre-Atlantique fascinent peu. Sur les barricades parisiennes de Mai 68 et dans les villes italiennes, ceux qui veulent voir Dieu en face sont une infime minorité. Les jeunes se réclament de la révolution prolétarienne. Ils sont à la conquête du pouvoir, vilipendent le capitalisme et pourfendent l’impérialisme. Pour eux, les histoires de drogués sont rangées dans le placard des modes yankees. C’est seulement après la mort du gauchisme que naît une drug- culture : « La drogue pousse entre les pavés d’une révolution ratée», affirme Le Figaro en 1969 22. Encore cette culture est-elle bien modeste … Jean-François Bizot raconte qu’entre 1970 et 1972 il lui a fallu faire « comme si l’underground existait en France, ou comme s’il était sur le point de grandir et de se multiplier 23 ». Le journal Actuel titre en 1972 : « Le mouvement des communautés en France ». Dans toute la France, avoue plus tard Bizot, il y en avait deux, en tout et pour tout !

De cette époque toutefois, l’engouement pour les drogues est demeuré, et s’est durablement installé au sein des sociétés occidentales. En Amérique, en 1962, avant la «Grande Épidémie », 1% seulement des Américains de 12 à 17 ans avaient occasionnellement fumé de la marijuana, 4 % des 18 à 25 ans et 2% des plus de 25 ans. Près de deux décennies plus tard, en 1979, les chiffres sont respectivement de 31%, 68% et 20%. Pour les drogues plus violentes, telles que les hallucinogènes, la cocaïne ou l’héroïne, les chiffres sont de 0,5%, 3% et 1 % en 1962. Ils passent en 1979 à 9%, 33 % et 6 % 24. Comme elle est loin, cette tranquillité qu’Anslinger croyait avoir obtenue …

Pourtant, le coup de grâce ne vint pas des hippies, mais des combattants du Vietnam. En 1970, l’Amérique vit une catastrophe absolue. Les GI’s ont massivement adopté l’héroïne25. Les politiques, médusés, assistent à la fusion de deux toxicomanies, l’une contestataire et culturelle, l’autre liée à la guerre. Deux fléaux qui, dans les temps passés, se succédaient sans se recouvrir … D’un côté, les drogues de subversion, pour ceux qui vouent un culte aux substances de l’Ailleurs ; de l’autre, celles de l’oubli, prises par des soldats fatigués pour affronter l’horreur quotidienne. Les deux se conjuguant pour mettre en cause l’ordre établi : un pur cauchemar.

image dragon domestique

Notes

1. New York Times, « 10% Post-War Rise in City Narcotic Addict Laid by Police Chiefly to Bronx Teen-Agers », 11 avril 1950.
2. New York Times, « Finding of Boy 8, Using Narcotics Undercovers 12 Other ‘young Addicts », 12 janv. 1952.
3. New York Times, «Headway Seen for Control Of Teen-Age Narcotic Users », 20 mai 1951.
4. New York Times, 14 fév. 1955.
5. CLARK Kenneth, 1965 : Dark Ghetto, trad. franç., 1966, Ghetto noir, Laffont, Paris.
6. Treatment and Rehabilitation of Juvenile Drug Addicts, Hearing before the Subcommittee to Investigate Juvenile Delinquency of the Committee of the Judiciary, U.S. Senate, 84th Congress, 2 nd Sess., 1956.
7. MONOD Jean, 1968, Les Barjots, Julliard, Paris.
8. BEJEROT N., 1975, « Drug Abuse and Drug Policy : An Epidermiological and Methodological Study of Drug abuse of Intravenous Type in the Stockholm Police Arrest Population 19654970 » in Relation to Changes in Drug Policy, Copenhague, Munksgaard.
9. BURCHILL Julie and PARSONS Tony, 1978, The Boy looked at Johnny, Pluto Press, Londres.
10. KOLB Laurence, 1962, Drug Addiction, Springfield Illinois, Charles Thomas.
11. New York Academy of Medecine, 1951, Conference on Drug Addiction among Adolescents, sponsered by the Committee on Public Health Relations, Nov. 1951. Sur le nouveau profil des adolescents usagers de drogue, voir ZIMMERING Paul, M.D., TOOLAN James, SAFRIN Renate M.S., WORTIS Bernard, « Drug Addiction in Relation to Problems of Adolescence » J. Nerv. and Ment. Dis. 114, 1951 et BENDER Lauretta, « Drug Addiction in Adolescence », Comprehensive Psychiatry, Vol. 4, n° 3, Juin 1963.
12. WYNDHAM John, 1957, The Midwich Cuckoos, trad. franç., 1959, Les Coucous de Midwich, Denoa, Paris.
13. Conseil de l’Europe, 1974, Aspects pénaux de l’abus de drogue, Stockholm.
14. Repris dans LAURIE Peter, 1978, Drugs, Medical, Psychological and Social Facts, first published 1967, Penguin Books, Middlesex, England Observer.
15. DAUMEZON G.: « Le nouveau problème des toxicomanies», Vie sociale et traitements, 9 déc. 1971.
16. OLIEVENSTEIN Claude S., «Jeunes toxicomanes à l’hôpital psychiatrique », Perspectives psychiatriques, no 26, 4e trimestre 1969.
17. VAILLE Charles, 1981, « L’abus de drogues dans l’Europe de l’Ouest», in Drogue et civilisation, refus social ou acceptation, Flammarion, Paris.
18. PELLETIER Monique, 1978, Rapport de la mission d’études sur l’ensemble des problèmes de la drogue, la Documentation française, Paris.
19. PEYREFITTE Alain, 1970, La Drogue, ce qu’on a vu, ce que proposent médecins, juges, policiers, ministres, Plon, Paris.
20. Paris-Match, 11 juillet 1970.
21. GRAINE Philippe, LENTIN Jean-Pierre, MANDEL Jerry, «La drogue vue par la presse des jeunes, Republique fédérale d’Allemagne, États-Unis, France, Italie, Royaume-Uni », UNESCO ED-761WS/39, 1976.
22. Le thème est repris dans la grande presse, voir par exemple Le Figaro, «De mai 68 à la drogue et à la mitraillette », 25 mars 1973. Pour une interprétation de cette thématique, voir ZAFIROPOULOS M., PINELL P., 1982, « Drogues, déclassement et strategies de disqualification », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, no 42, avril 1982.
23. BIZOT Jean-François, « Actuel, c’est fini », Actuel n°58 oct. 1975.
24. DUPONT Robert, 1981, « L’évolution de la toxicomanie aux États-Unis au cours des dix dernières années», in Drogues et civilisation, refus social ou acceptation, Flammarion, Paris.
25. « Extent of Drug Use and Addiction in Armed Forces Appears Wider Than Pentagon’s Statistic Show, New York Times, 8 juin 1970, EMERSON Gloria, GI’s in Viêt-nam Get Heroin Easily », New York Times, 25 fév. 1971.

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