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Chapitre : 8 Le parcours de la morphine et son encanaillement

GRÂCE aux bienfaiteurs de l’humanité, la drogue change d’échelle. Un remède à base d’opium et de cannelle pouvait être concocté dans l’arrière-boutique d’un marchand de philtres. Les transmutations chimiques s’effectuent, elles, selon des procédés précis et standardisés, mis au point dans les laboratoires. La mutation est cruciale : les compagnies pharmaceutiques inondent bientôt le monde de substances plus redoutables que les anciennes. Et comment contrôler ces empires industriels ? Ajoutée aux fabrications opiacées, c’est là une autre source d’intoxications, plus difficile à endiguer que la première…

Tout au long du siècle, les industries pharmaceutiques s’étendent, au confluent de deux dynamiques de croissance. De petites pharmacies deviennent grandes. La plus célèbre est celle d’Heinrich Emanuel Merck, une officine familiale de Darmstadt, annoncée depuis 1688, dans une rue du centre ville, par l’enseigne A l’Ange1 . Cet homme d’affaires génial, né en 1794 et mort en 1855, fabrique artisanalement la morphine dès 1827. Il fait savoir aux médecins et aux pharmaciens de la région qu’il peut leur fournir, et en grandes quantités, ce produit si compliqué à confectionner. La petite pharmacie devient dès lors une entreprise florissante de la jeune industrie chimique. Merck n’est pas seul. Des sociétés aujourd’hui fastueusement cotées en Bourse, comme Dausse ou Genevoix, sont souvent nées d’une sombre officine pharmaceutique française, ou d’un misérable drugstore américain. Celui de John K. Smith et de John Gilbert, tous deux entrepreneurs locaux et parfaitement ignares en chimie, engendre en 1875 la Smith-Kline, future puissance internationale.

Un autre mode d’expansion se juxtapose au premier. Depuis le Moyen Age, on fabrique sur les rives du Rhin des tissus, des rubans de soie et des cotonnades. Par le fleuve, des vaisseaux apportent des colorants naturels, que traitent des manufactures comme celle de J.R. Geigy. Au milieu des années 1850, apparais-sent des colorants de synthèse, moteurs d’une nouvelle industrie. A Bâle, les usines se multiplient. CIBA se crée en 1886, Sandoz en 1886 et Hoffman-La Roche en 1896. Dans la Ruhr, c’est la fameuse firme Bayer à Wuppertal, la BASF à Ludwigshafen, ou la Hoechst, à Hoechst-oder-Main. A l’étroit dans l’univers des colorants, ces entreprises débordent sur la pharmacie2.

Les deux dynamiques s’entrecroisent. Les laboratoires d’université travaillent pour les grandes firmes, et les entreprises font appel aux chercheurs des universités. Que ce soit un petit laboratoire qui s’enfle, ou une entreprise de colorants qui gagne de nouveaux marchés, la logique industrielle pénètre le monde des drogues. Avec son corollaire, la force de diffusion : on vante les mérites de l’héroïne ou de la cocaïne. On convainc les médecins, les pharmaciens et leurs clients. La drogue s’affiche….
Au premier rang de ceux qui ont répandu ce qui sera bientôt un « fléau social », on trouve la Bayer, entreprise au destin étonnant, spécialisée dans les ravages planétaires, et qui aida aussi vaillamment à diffuser une épidémie d’héroïne que la peste hitlérienne. Son fondateur, Friedrich Bayer, est né en 1825. Propriétaire d’une usine de colorants, il voyage en Angleterre et en France, recense toutes les techniques, explore tous les procédés. Avec son associé Weskott, il fonde la Farbenwerke F. Bayer et Cie, qui prospère, et à laquelle un laboratoire, construit à partir d’un lavoir aménagé, est bientôt adjoint. La chimie thérapeutique enfante d’immenses espoirs ; et Bayer compte des amis parmi les chimistes. Il s’intéresse à ces médicaments à la mode ; en 1888, il se consacre à leur production. Carl Duisberg, responsable de ses laboratoires, agrandit les fabriques et engage de jeunes ingénieurs d’avenir, comme le docteur Felix Hoffman, inventeur de l’aspirine. Bayer met aussi sur le marché l’un des premiers somnifères chimiques, le sulfonal. L’héroïne suivra…

Le siècle s’achève. En 1898, la Bayer possède deux trésors : l’aspirine et l’héroïne. Elle multiplie les succursales et les fabriques : Vienne, Milan, Bruxelles, Barcelone, Lodz, Flers, Briinn, Shanghai, Melbourne, Paris… Les clients passent de 10000 à 25000. Duisberg est d’une ambition proverbiale ; il veut une situation de monopole dans le secteur des colorants et des médicaments. Dès 1904, il propose, sans grand succès, l’unification des industries chimiques allemandes ; il fallut la Grande Guerre pour que le projet réussît : les grandes entreprises sont contraintes de produire de concert le nitrogène, le caoutchouc synthétique, et toutes les substances chimiques indispensables aux combats. Cet accord fait naître, quelques années plus tard, Ia célèbre I.G. Farbenindustrie A.G und Duisberg, ce colosse industriel de triste mémoire, créé en 1924, dissous par les Alliés vingt années plus tard, après avoir été l’un des acteurs principaux de l’épopée nazie 3.

Les quatre cercles de la morphine

En quelques décennies, les drogues bienfaisantes, autrefois sans tache, et marquées du sceau prestigieux du progrès, changent de visage… La morphine se répand dans la société, et cheminant par cercles concentriques, révèle ses pouvoirs maléfiques ; les illusions des premiers temps s’évanouissent, et les craintes grandissent.

Le premier cercle est celui de l’innocence : l’emploi de la morphine est strictement médical. L’éblouissant fruit de la science dont on révère la puissance… Dans le monde anglo-saxon, ses premiers admirateurs émerveillés lui donnent le surnom de G.O.M. — God’s own medecine — le propre médicament de Dieu. La morphine_débutante est le remède-qui-guérit-tout, comme son ancêtre le laudanum : le diabète, l’anémie, l’angine de poitrine, la nymphomanie et même le vaginisme 4. Dans une logique du Même et de l’Autre banale dans ce champ, la substance reçoit une mission plus précise : on y voit le remède contre l’abus d’alcool. En 1889 encore, le docteur J.R. Black écrit un docte article sur les avantages indéniables que présente la substitution d’une habitude morphinique un alcoolisme incurable. Comme il est de règle dans le discours de l’époque, les arguments se mêlent. Les uns sont médicaux : les maladies du foie, de l’estomac ou les troubles cardio-vasculaires engendrés par l’alcool sont plus dangereux pour le patient que ceux produits par la morphine ; les autres sont économiques, ou politiques : le prix de vente de la morphine est inférieur celui de l’alcool, et ses adeptes, contrairement aux alcooliques, souvent violents, sont plutôt inoffensifs 5… Il ne s’agit pas pour le docteur Black de passer d’un vice un autre : l’intérieur de ce premier cercle, le produit garde une stricte fonction curative.

Le second cercle, c’est celui d’un emploi massif, la limite du médical et du social : les derniers conflits du siècle transforment le simple produit chimique, aux applications thérapeutiques, en un phénomène d’abus collectif. Le cas de figure est banal : un produit modifiant les états de conscience remporte un succès foudroyant au sein de populations qui l’emploient sans en mesurer pleinement la dangerosité. Le même scénario se joue maintes et maintes fois au XXe siècle, avec les amphétamines, les barbituriques ou les tranquillisants. Le fait inquiète, sans plus. Il n’affole pas.

En France, la guerre de 1870 ouvre ce second cercle. Il faut garder en mémoire les descriptions horrifiantes qu’Henry Dunant fait des lendemains de la bataille de Solférino, pour comprendre quelle fantastique révolution introduit la morphine : tendons l’oreille et imaginons un instant, au coeur de la nuit, les gémissements, les rugissements, les lamentations, les cris de détresse et de rage, les hurlements de douleur, les mélopées d’angoisse qui s’échappent de locaux de fortune, où s’entassent à même le sol, dans la chaleur de l’été ou le froid de l’hiver, blessés et agonisants 6… Soudain, un « calme étrange » — dit le docteur Varenne 7 — règne sur les hôpitaux de campagne… Les Allemands d’abord, puis les Français, éteignent les sanglots de leurs blessés, calment leurs souffrances. Dix ans auparavant, le docteur Louis Béhier avait suggéré cette administration de morphine par piqûre sous-cutanée : la recette miracle soulage bientôt tous les maux ; et remonte si bien le moral des troupes….

Dans sa panoplie d’ancien combattant, avec ses blessures et ses médailles, le héros rapporte sa morphine et sa seringue. De retour dans leurs foyers, les soldats allemands ou français, ou, aux États-Unis, ceux de la guerre de Sécession conservent le goût des injections. Ils ne peuvent s’en passer et réclament à cor et à cri leur dose quotidienne. Le bon médicament s’est transformé en un tribut à la guerre, la fameuse army disease des combattants américains, la « maladie du soldat 8 ». Le combattant rejoint bientôt les professions de santé dans les rangs des victimes désignées de ces substances du progrès… Les médecins, les infirmières, les pharmaciens se muent en morphinomanes, au point d’en constituer longtemps l’essentiel des bataillons. Dans la même mouvance encore, on rencontre les victimes de la thérapie : filles hystériques soignées à la morphine, pauvres hères poitrinaires, opérés de toutes sortes, souffrant un temps de maux divers et qui n’ont su, une fois guéris, se déprendre de la substance. Cette demande massive, tant militaire que civile, n’est pas étrangère à la fortune éblouissante des fabricants de morphine, qui, grâce aux conflits qui marquent la fin de ce siècle, repoussent avec une rapidité folle les limites de leur puissance… Gagnant ce second cercle, le produit échappe à l’administration médicale, et l’on passe de la médication réfléchie à L’automédication sauvage. Dans le mouvement, sa fonction quitte l’univers curatif et glisse vers l’hédonisme. A ce stade, la substance n’est pas encore construite comme déviante, mais elle est déjà perçue comme marginale.

La morphine quitte ces deux premiers cercles, ceux des débats sociaux et médicaux. La rupture s’opère. Avant de rejoindre la délinquance, la substance passe par les détournements occasionnels. Appelée à faire une belle carrière dans la criminalité, elle y débute mesquinement, par de misérables faits divers… À la dernière page des quotidiens, elle est un instrument de mort, une poudre discrète, idéale pour les candidats au suicide. La mort qu’on s’administre est proche de celle qu’on inflige à autrui. Un jeune médecin d’Alençon, Edme-Samuel Castaing, acquiert l’immortalité en 1823 par son ingéniosité venimeuse : il assassine les frères Ballet, à coups de verres de lait additionnés de morphine ; après qu’on l’a décapité, les chansonniers daubent sur sa profession. Et si l’on guillotinait tous les médecins empoisonneurs ?

La déviance intervient réellement dans le quatrième cercle : celui. de la dissémination sociale et la diffusion perverse. Le produit élargit son audience, entraîne un engouement mondain ; il quitte la sphère médicale pour entrer dans les moeurs. Les amateurs éclairés découvrent qu’ils peuvent s’administrer sous une forme concentrée les produits que d’autres consommaient orale-ment, ou qu’ils fumaient : avec l’injection, les effets sont démultipliés. La morphine, vulgarisée, banalisée, tour à tour objet de fascination et d’expérience intérieure pour les artistes, passe-temps pour les oisifs, acquiert la réputation douteuse de fléau de l’Ancien comme du Nouveau Monde 9. Et la morphinomanie, cette « maladie artificielle, créée de toute pièce par l’évolution de la science », gagne toutes les couches de la société : « La duchesse et le comédien, le financier millionnaire et l’ouvrier besogneux se vouent à son culte 10. » Cependant, pour franchir la frontière entre les trois premiers cercles et le quatrième, deux supports sont nécessaires : la mise en place d’un monde économique clandestin, et l’invention d’une imagerie.

Le commerce et l’encanaillement

Au seuil du quatrième cercle, le mystère commence. Qu’un médicament soit détourné de ses buts, qu’il donne lieu à des usages criminels, qu’il révèle des propriétés négatives auxquels ses inventeurs ne peuvent avoir songé, tout cela n’a rien d’étonnant. Mais qu’il rompe avec l’univers médical, et qu’il se mette à vivre d’une vie sociale qui lui est propre, voilà qui est moins banal. L’autonomie qu’il s’arroge marque aussi le passage de l’inquiétude au péril. Lorsque les médecins téméraires, les malades imprudents et les femmes à la constitution faible deviennent morphinomanes, il est temps de s’inquiéter. Mais quand un commerce embryonnaire s’organise sur le sol français, pour le plus grand bénéfice des malandrins et de Boches, le péril est en la demeure !

Les firmes pharmaceutiques nées au début du siècle, les grandes et les petites, cherchent des débouchés pour les temps de paix. Certains sont médicaux et parfaitement légitimes. D’autres le sont moins… Le plus souvent, les substances arrivent des pays germaniques. En un temps où le nationalisme fait florès, le prestige de l’Allemagne est terni par ce commerce douteux. Quelques années avant la guerre de 14, les bons patriotes français s’indignent contre les « agences commerciales boches », qui déversent sur Paris des tonnes de poison et qui abreuvent certains quartiers de morphine et de cocaïne. En 1912, la presse dénonce une « offensive toxique » menée par de sournois industriels teutons contre la race française. En attendant une autre offensive, moins voluptueuse…

Comment se procurer ces produits mirifiques, à la fin du siècle ? Rien de plus facile ! Les amateurs éclairés connaissent les adresses de pharmaciens complaisants, et se les échangent. En France, le premier vendeur de drogue inculpé est un pharmacien, condamné à huit jours de prison et à mille francs d’amende pour avoir délivré de la morphine en quantité supérieure à celle indiquée sur les ordonnances 11, en application de la seule loi qui pouvait s’y appliquer, la loi de 1845 qui réglemente la vente des substances vénéneuses. Mais comme le produit n’est pas autrement réglementé, il suffit d’envoyer directement un mandat-poste à un fabricant allemand, pour obtenir chez soi, sans peine, deux cents ou cinq cents grammes de cocaïne 12. Pour les imprévoyants ou pour les paresseux, les réseaux de revente s’organisent : au moment du dîner, on achète sa coco pour quelques francs dans les restaurants, ou, un peu plus tard et jusqu’au petit matin, on s’en procure dans les bals, au son des flonflons. Époque qui remplit nos actuels trafiquants de nostalgie : le petit métier de revendeur était sans risque. Seuls les pharmaciens étaient punissables ; et quelle punition… Dans les premières années, la seule saisie de leur marchandise. Plus tard, une amende ; plus tard encore, la radiation de l’ordre. Mais pendant longtemps, le châtiment reste bénin. Les cocaïnomanes aux moeurs sédentaires bénéficient, s’ils le souhaitent, d’une véritable vente par correspondance ; ils reçoivent à domicile un tract souvent cité : « Ne perdez pas votre temps, soyez heureux ; si vous êtes pessimiste, abattu, écrivez aujourd’hui même à X.. par retour du courrier. On vous enverra un alcaloïde qui peut vous éviter de souffrir. »

Un mode de circulation se structure et s’organise, qui échappe chaque jour davantage aux praticiens de santé. On le retrouve aux mains de négociants louches. Ce n’est pas un authentique marché noir ; mais c’est déjà un mode de diffusion semi-légal qui se met en place. Progressivement, il sécrète ses offres et ses demandes, ses grossistes et ses détaillants, ses dons et ses vols. Il engendre des complicités et des liens, des haines et des dépendances, entre le pharmacien et l’usager, entre la firme et le revendeur. Les fonctions sociales légitimes sont déjà loin. Mais il est trop tôt pour parler dé délinquance organisée. Nous désignons cette étape intermédiaire, ainsi que l’univers de jouissances ambigus et de profits suspects qui la caractérise, par le terme d’« encanaillement ».

Instituts de morphine et morphineuses

La diffusion décadente du produit est verticale. Les consommations élitaires, parties des milieux artistiques et des classes supérieures, débordent les classes moyennes. L’inverse se produira à la même époque aux Etats-Unis, avec l’opium, montant des déshérités vers les nantis. En France, les marginaux et les classes populaires s’empareront plus tard de la morphine réservée à la crème des vicieux. Au début du siècle, une alliance se tisse entre les intoxiqués, les milieux interlopes et les pharmaciens véreux. Du Tout-Paris, Tout-Londres, Tout-Berlin 13 où elle règne tout d’abord, la morphine, en une vingtaine d’années, descend dans les bas-fonds.

Son trajet passe par les salons du demi-monde. « Ces pauvres femmes, toujours sur la brèche », vont à l’opéra, aux bals, aux soirées, et se doivent d’avoir « le teint frais, les yeux brillants, l’esprit surexcité 14 ». Pour cela, que font-elles ? Dans le demi-jour d’un boudoir des années 1880, dans la tiède atmosphère du jardin d’hiver, les grandes dames se murmurent un secret entre deux tasses de thé russe. Qu’elle est douce, l’ivrognerie de la morphine… Les épouses de la haute Banque et de la Sucrerie 15 » ont été prises d’une passion frénétique. Les mondaines se seringuent discrètement en public, quelquefois au travers du vêtement, et l’on voit des comtesses « soulever leurs jupes et se piquer vivement 16 ». La morphine est partout. Chez les recluses des couvents, là où « frappent les maladies nerveuses ». Chez les courtisanes, car ces dernières, disent les médecins, « comme la Vénus de Milo, sont toujours figurées avec la tête fort petite ». Laissant l’alcoolisme aux hommes, femmes du mondes et filles de peu communient autour de petites seringues délicatement ouvragées, qu’elles transportent sur elles comme des trésors, avec de petits flacons et des aiguilles de rechange. Certains nécessaires sont de véritables bijoux, en or, en argent, ornés de brillants ou de pierres précieuses. On rend un culte mignard â la petite « dague de fer » : mon « pistil de feu », ma « souple antenne de papillon »… Des artisans allemands s’en font une spécialité. Ces accessoires du vice sont cachés dans des trompe-l’oeil : boîtes de poudre, porte-monnaie, flacons de sels. Pour les hommes, ce sont des portefeuilles, des pommeaux de canne, des boîtes d’allumettes…

Les dames se piquent délicatement au bras, ou au poignet. La passion leur troue la peau ; bientôt, elles s’injectent la morphine aux emplacements encore disponibles, les moins douloureux. Certaines sont dans un état pitoyable, le corps comme comme une sorte de pelote douloureuse, boursouflé, tacheté d’auréoles enflammées. La façade se craquelle : des anecdotes horribles circulent, comme celle du trafiquant interrogé par Cyril et Berger : « Une femme délicieuse, la fraîcheur d’une rose l’aube, un Greuze habillé rue de la Paix… » Un soir où elle s’abandonne, soudain une odeur de charogne. « Un abcès provoqué par une des nombreuses piqûres qui criblaient ses cuisses, venait de crever, lâchant son pus, comme une latrine qui déborde sa dalle 17. » Quand elles sont trop mal en point pour manier la seringue elles-mêmes, quand de petites doses ne leur suffisent plus, et qu’elles n’ont plus le courage de les augmenter, elles s’adressent à un établissement d’un genre nouveau, que la presse baptise instituts de morphine ». Les « morphineuses » qui les gèrent injectent la substance leurs clientes, dans les bras ou la poitrine, selon les règles de l’art.

Le docteur Guimbail a retranscrit l’étrange expérience d’un de ses amis, accompagnant une morphinée son institut. Le fiacre s’arrête dans un quartier désert ; pied, dans une rue sombre, ils gagnent une maison isolée, « sans apparence ». Tous deux pénètrent dans une salle spacieuse et nue, au milieu de laquelle rougeoie un fourneau. Sur des divans et des coussins mollets, des femmes, assises ou accroupies, dans un état pitoyable, orbites creuses, yeux perdus, teint cadavérique ; les unes enfermées dans leur mutisme, les autres agitées de convulsions involontaires ou de gestes convulsifs ; d’autres encore prises de tremblement. On ne peut qu’éprouver une « impression repoussante »… « Tout d’un coup une grande porte s’ouvrit, une gerbe de lumière resplendissante se répandit dans la pièce voisine de la triste salle de réception, et une femme admirablement belle vint la traverser d’un pas leste et élastique. Ses lèvres étaient empourprées, ses yeux vifs et radieux. « Bientôt, disait tout bas ma compagne, une autre de ces cargaisons lamentables en sortira aussi belle que celle que vous venez de voir ».

« Toutes les dames se levèrent et se précipitèrent comme des furies sur le seuil de la chambre voisine où une vieille femme était deboût qui, enveloppée dans un châle des Indes décoloré, une lampe dans une main, suivait du regard avec une expression de contentement la dame qui venait de sortir.

« C’est mon tour ! s’écrièrent les impatientées en se heurtant les unes contre les autres et cherchant pénétrer. À la fin, la vieille prit une dame par la main et la conduisit dans sa chambre. Avant que la porte se refermât sur elle, je l’entendais s’écrier : « Au moins, Madame Claire, mais pour le moins trois piqûres après chaque bras ». »

C’est ainsi que la morphinomanie clandestine se développe à l’ombre de la Civilisation et du Progrès, conclut Guimbail. Ses effets pernicieux paralysent l’esprit et détruisent le corps. Les pouvoirs publics sont avertis. Puissent-ils se trouver suffisamment armés pour endiguer le fléau 18 ! »

Fée blanche, fée grise, noire idole

La gent féminine est fervente du produit, mais les hommes ne le dédaignent pas. Des personnalités inattendues en font un usage quasi quotidien. En France, elle court du préfet Lépine l’explorateur Charcot, en passant par le romancier Alphonse Daudet ; le brav’ général Boulanger, idole des revues, se pique furtivement dans les jardins de l’Elysée. En Allemagne, Bismarck, dans l’inti-mité, sort le produit, avant de prononcer ses discours devant le Reichstag 19. Dans toute l’Europe, les hommes du monde, le soir, se font une petite seringue >>, pour être frais et dispos en société 20 ; les milieux du spectacle en raffolent : on en trouve dans toutes les loges de comédiens.

Un cercle restreint d’esthètes décadents érige même en culte la prise du produit. Dans un paysage social qui tombe en ruine, craint-on, les miracles de la pharmacologie sont accaparés par des personnages qui attirent, fascinent, et font aussi éprouver aux honnêtes gens les frissons du dégoût et de la peur : voici les névrosés, les vannés », les épuisés du siècle, les petits crevés traînant derrière eux leurs charmantes crevettes. Ils se retrouvent entre eux, dans des sociétés aux noms las et désabusés : les Hydropathes, les Jemenfichistes, les Zutistes, les Fumistes. Oscar Wilde, qui en est fort proche, s’extasie devant le jeune et beau Lord Douglas, l’éphèbe qui le fera jeter en prison : Bosie est si fatigué qu’il gît comme une jacinthe sur le sofa et je l’adore. » Le mouvement culmine avec la déliquescence, la décadence et les diverses configurations de la morbidité délirante : l’excitation stérile des nerfs, l’ennui porteur de mort, la profonde neurasthénie. Un irrépressible et violent dégoût de toute vie… « S’intoxiquer ? Oui, c’est la seule joie… », dit Jean Richepin en 1885, qui chante :

Le Haschisch qui, parmi les bruits de carillon

Papillote mon cœur comme un papier de soie;

L’opium ténébreux qui sous ses baisers lourds

Me berce dans des lits de brumes de velours (21)

L’opium, le haschisch avaient été érigés en ornement littéraire dans les premières années du siècle. Les romantiques noirs, Baudelaire, Poe, esquissaient un rapprochement entre la folie, la dégénérescence, le génie et les paradis artificiels. Mais la drogue esthétique, furieusement mode, agrémentée de seringues sanglantes et de tampons d’ouate, ne sera véritablement inventée qu’après 1870. Un abîme se creuse soudain entre l’opiomane de 1800 et le morphinomane fin-de-siècle, entre la victime honteuse ou le génie tourmenté d’antan et le personnage qui le remplace désormais : une créature trouble, sombre et vicieuse, qui glisse bientôt vers son tombeau.

Le romantisme chantait le Héros Maudit, poète vaincu par la vie, bagnard écrasé par le destin. La décadence, elle, célèbre la Femme Fatale. Les femmes entretiennent en effet de curieuses relations avec la mythologie toxicomaniaque de l’époque. Dans l’imagerie fin de siècle, se laisser séduire, c’est courir à sa perte. La mort emprunte un visage de femme. Comme celui de Salomé, souriante, brandissant devant elle la tête exsangue de saint Jean-Baptiste. Des figures de femmes, mais aussi d’êtres hybrides, au sexe hésitant, déguisés et travestis, androgynes et gynandres. Créatures mortifères, comme la Grande Vérole — obsession de l’époque — vue par Huysmans : décharnée, la peau verdâtre, les yeux pâles dans des orbites creusées de cernes violets, et des boutons purulents autour de la bouche.

Entre les femmes et la drogue, ce sont de constants échanges. Tout d’abord, les drogues elles-mêmes, divines et séduisantes, sont femmes ; on parle de « fée blanche », pour l’héroïne, de « fée grise » pour la morphine, ou de « noire idole », pour l’opium. Vice jumeau et bien vite proscrit, l’absinthe, elle, sera baptisée la « fée verte ». Comme les femmes, elles se présentent sous leur meilleur jour, donnent le plaisir et la chaleur, et poussent insensiblement les hommes à la déchéance. Mais, femme, la drogue s’acharne aussi sur le sexe féminin. Elle est fatale aux femmes fatales. La créature fin de siècle, à l’instar de Marguerite Gautier ou de l’Antonia d’Hoffman, est chlorotique et valétudinaire. Etre chétif, elle se gave de potions et de sirops fortifiants. Comme l’alcool ne lui est pas permis, elle se rabat sur la chimie. La morphine est l’ « absinthe des femmes », dit Alexandre Dumas fils. Yvette Guilbert, « la Sarah Bernhardt du music-hall », comparée à une diva italienne, la Duse, et surnommée de ce fait « la Divette », célèbre dans une chanson ces étonnantes petites personnes :

Je suis le Dieu des Morphine’es

En quête de frissons nouveaux

Je suis le Dieu des raffinées

Dont je détraque le cerveau (22)

« Amas de substances vénéneuses et corrosives 23 », les morphinées qui hantent les salons et les romans fin de siècle sont des femmes modernes, qui signent leur modernité en revendiquant leurs vices : la créature lascive qui se livre à la drogue est souvent adultère, plus souvent encore lesbienne. Les femmes, « qui réclament avec exaltation leurs droits », viennent d’en obtenir un nouveau, ironise Jules Claretie, « le droit à la morphine 24 ». L’époque est revendicatrice, il est vrai. Les unes se retranchent derrière la morale et revendiquent, en employant au besoin la force, le droit de vote. D’autres, comme Jane Addams Chicago, ou Bertha Pappenheim Francfort 25 — l’Anna 0… de Freud, un temps morphinomane elle aussi — inventent l’action sociale. D’autres encore, comme Rosa Mayreder Vienne oeuvrent une nouvelle alliance harmonieuse entre les sexes 26. Certaines, plus traditionnelles sinon plus sages, aiguisent et détournent leurs armes féminines : la séduction, la rouerie, la traîtrise. Ce sont elles, le sourire exténué, les yeux agrandis, ahuris de morphine, qui en deviendront possédées. En France, elles hantent les salons, se retrouvent chez Liane de Pougy et ses saphiques amies, ou chez la Belle Otero ; elles parcourent les Boulevards, le Bois, tous les lieux où l’on rit, où l’on s’amuse et où l’on se perd. Victimes perverses ou fragiles démones, si pâles, si belles et si tôt fanées, ces femmes fatales, de Mata-Hari Loulou, courront l’Europe et, les premières, noueront un lien de mort entre un mouvement de révolte et la prise du produit.

Lugubric de Pravas

C’est un homme toutefois que nous accorderons une attention toute particulière ; Stanislas de Guaita, méchamment sur-nommé dans un opuscule satirique « Lugubric de Pravas », pour son aspect sinistre et son attachement aux seringues. Avec Stanislas de Guaita, héros de notre temps, le toxicomane brillant, repoussant, morbide, suicidaire — et si pitoyable — fait son entrée sur la scène de la drogue.

Ami d’enfance de Maurice Barrès, qui vantait sa « santé magnifique 27 » d’alors, Stanislas de Guaita monte très jeune â Paris. A dix-neuf ans, « le petit Stany » connaît le succès mondain d’un jeune poète. Il rencontre aussi la morphine, dans les bras d’une grisette du quartier Latin, dit-on. En ce temps, le mythe de l’initiateur se décline souvent au féminin — tout comme aujourd’hui, les incarnations de ce que la culture de rue américaine appelle pushers — les différenciant des dealers — sont des mâles corrupteurs. Entre vingt-deux et vingt-quatre ans, Guaita écrit quelques minces recueils de sombres poèmes, La Muse noire, Rosa Mystica, dans lesquels figurent avec générosité l’opium, le haschisch, rabsinthe et la morphine. Dans un « rondel libertin », aux accents prémonitoires, il fait dialoguer l’homme ivre d’extase et la fée grise :

L’homme ravi murmure: encore!

Et moi, complaisante maîtresse,

En mes tendres bras je le presse

Je l’étreins de plus en plus fort

Et finalement… l’homme est mort (28)

Puis comme bon nombre de ses contemporains, il découvre la magie. Il délaisse la poésie, pour partager son temps entre les sciences occultes, où il excelle, et la morphine, qui le tue. On a gardé de lui quelques descriptions aux relents démoniaques : une barbe blonde, taillée en pointe, un visage a la pâleur cadavérique, des pommettes saillantes et terreuses, une bouche mince comme une estafilade de sabre, des lèvres délavées, presque mauves, et surtout, des yeux d’un bleu faïence, « qui vous trouaient comme des vrilles 29. »

À vingt-cinq ans, la vie de Prince des Mystères prit des allures de calvaire. Selon la mode de l’époque, un bon docteur le soigna à la cocaïne, avec les résultats qu’on imagine. Guaita se croit bientôt dévoré tout vif par des bêtes, et lentement rongé par des rats… Contemple-t-il ses plaies au microscope, qu’il voit son corps pulluler d’animaux minuscules. Barrès, son ami de toujours, décrit avec émotion ses dernières heures : il s’éteignit avec courage, dit-il, presque avec le siècle, âgé de trente-six ans, dans le pays natal qu’il avait regagné.

Stanislas de Guaita est le représentant, au sein du monde littéraire, des drogués de la seconde génération. Les drogues romantiques mettent l’accent sur ce qu’on tire du produit : les images, les rêves, les délires, l’inspiration… Au-delà de la substance, on accède a une vérité, on pénètre un univers de sens et de sensations. Chacun garde en mémoire les invocations au puissant opium, sorties de la plume de Quincey. Mais l’essentiel n’est plus la : il faut d’abord défier la banalité de la vie et monter a l’assaut du Paradis. Pour ces explorateurs de soi, la substance est un vecteur, dont on joue, même si, parfois, elle se joue de vous.

La génération qui succède aux pionniers n’a qu’une seule note sur son petit violon ; elle reprend sous toutes ses formes la litanie de l’auteur des Confessions d’un opiomane anglais sur le « juste, subtil et puissant opium ». Elle se fait chantre de la drogue, et bientôt de toutes les drogues. Avec la décadence, le produit, le produit brut, magnifié, défié, exécré, occupe tout l’espace symbolique. Dès 1880 surgit une littérature envahissante : des ouvrages, des poèmes, dont les titres ne sont plus que L’Opium, La Morphine, substantifs auxquels on accole tous les adjectifs du dictionnaire. Livres et opuscules se multiplient, odes à l’opium ou à la cocaïne, à la fée grise et la fée blanche, à la noire idole et aux ivresses divines. De l’exaltation à la niaise sollicitude, des « fleurs vénéneuses », à « ma chère petite morphine », les décadents déclinent le culte idolâtre sur tous les tons. Le nécessaire, fioles et seringue, est lui-même l’objet d’un fétichisme extravagant qu’on retrouve plus tard autour des paraphernalia: qu’elle est donc chérie, « la douce petite aiguille d’or », « la bienheureuse seringuette », bien cachée au fond du manchon 3°. « Un nourrisson des Muses qui se respecte doit porter sur lui, au lieu de lyre, une petite seringue de Pravaz », écrit Paul Arène dans le Gil Blasn.

Cette drogue perd vite toute séduction. Elle n’est plus un accès éthéré vers l’Ailleurs. Obstinément, stupidement, on voue un culte insensé au produit ; on l’implore, on le supplie à deux genoux, on le vénère, puis on s’irrite, on s’emporte contre son esclavage, on le rejette cent fois, on l’injurie, on le maudit souvent et on s’y abandonne toujours. La même évolution se retrouve, entre les drogués des années soixante et ceux qui leur succèdent. Tout commence par Timothy Leary et ses aventures psychédéliques ; puis les hippies voient Dieu en face, par la grâce du produit. Et tout se termine dans l’horreur, avec les tueries de la « famille » Manson. Ou dans le sordide, avec une cohorte de junkies abandonnés dans les bas-fonds de New York ou de Berlin.

Une autre poète de la génération de Guaita, lui aussi fasciné par la magie, le satanisme et l’occultisme, et à qui ce dernier avait, dit-on, enseigné l’art de manier la seringue, avait connu deux ans plus tôt une fin sordide. C’est Edouard Dubus, l’un des fondateurs du Mercure de France, qu’on retrouva, par un beau matin de printemps, en 1895, dans une vespasienne de la place Maubert, terrassé par une surdose de morphine. Sa mort terrifiante et grotesque choque, horrifie et apitoie : c’est une des premières à se passer de la sorte. D’autres suivront.

Dans la dernière décennie du siècle, la drogue rejoint les bas-fonds. Elle gagne les filles de joie, la phalange de Cythère et de Lesbos », au nombre « incalculable ». « Elles sont légion », affirme le docteur Rodet, traitant les statistiques des hôpitaux 32. Dans un des premiers reportages qui prétend saisir le vice au quotidien 33, Taylmer — que son goût pour le sensationnel rend suspect… — affirme que le mal est partout, frappe toutes les conditions. Mais il est avéré que la morphine pénètre profondément certaines professions ouvrières, commes les coiffeurs ou les couturières, en contact étroit avec les classes supérieures 34.

Ce plaisir trouble, qui fait déjà horreur à la fraction rigoriste des privilégiés, se transforme dès lors en une jouissance brutale », lorsqu’elle est celle de milieux défavorisés. Certains médecins, avec toute la naïveté des origines, prennent acte de cette évolution, et préconisent quelques années plus tard des traitements différenciés pour les drogués. Qui sont ceux des classes privilégiées ? Des « victimes », qu’il faut soigner. « De bons citoyens, déclare-t-on, devenus dépendants accidentellement : médecins, avocats, ministres, artistes, acteurs, juges, sénateurs, prêtres, parlementaires, auteurs, femmes, qui souffrent et veulent être soignés. Dans leur cas, la morphine, n’est pas un vice, mais une malédiction, et, « une fois guéris, ils le demeurent ». Alors, qui sont les autres ? Des « vicieux », à moraliser et redresser 35. C’est déjà, sous la forme la plus sociologiquement cynique qui soit, le vieux débat entre le délinquant et le malade…

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Notes

8. Le parcours de la morphine et son encanaillement

1. DOUSSET Jean-Claude, 1985, op. cit.
2. BOUSSEL Patrice, BONNETAIN Henri et BOVE Frank, 1982, Histoire de la pharmacie et de l’Industrie Pharmaceutique, Ed. de la Porte Verte, Paris.
3. BEHR H.G., 1980, op. cit.
4. Sur les usages thérapeutiques de la morphine, voir les dictionnaires médicaux tels par exemple FONSSAGRIVES Jean-Baptiste, 1881, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, ou bien des thèses de médecine telles que Dr Philippe TROTAIN, 1911, Contributions a l’étude thérapeutique de l’opium et de ses nouvelles préparations, Paris.
5. BLACK JR., « Advantage of Substituting the Morphia Habit for the Incurably Alcoholic », Cincinnati Lancet Clinic, 1889.
6. DUNANT Henry, 1862, Un Souvenir de Solfirino, rééd. 1986, Ed. L’Age d’Homme, Lausanne.
7. VARENNES G., 1971, L’Abus de drogue, Dessart, Bruxelles.
8. MUSTO David, 1973, The American Disease: Origins of Narcotic Control, New Haven, Yale, University Press.
9. Sur l’extension de la morphinomanie en France, outre les nombreux témoignages d’époque, tel l’ouvrage de TAILHADE Laurent, 1907, « La noire idole», Le Mercure de France, voir les premiers reportages, tel celui de TALMEYR Maurice, 1892 Les Possédés de la morphine. Pour son influence sur la littérature, consulter LIEDERKERKE A., 1984, op. cit. Il faut également se reporter aux ouvrages des médecins de l’époque qui s’attachent à une évaluation épidémiologique du phénomène et parmi eux particulièrement PICHON, Georges, 1883, Le Morphinisme, Douin, Paris, et CHAMBARD Ernest, 1893, Les Morphinomanes, Rueff, Paris. Pour le nouveau monde, voir TERRY Charles et PELLENS Mildred, 1928, op. cit., et MUSTO David, 1973, The American Disease, New Heaven et Londres, Yale University Press.
10. GUIMBAIL Henry, 1891, Les Morphinomanes, Baillère et Fils, Paris.
11. Le Temps, 4 mai 1883.
12. Bulletin de la séance du 27 janvier 1916, Sénat, session ordinaire,./.0, 28 janvier 1916.
13. REGNARD, « Les poisons à la mode : la morphine et l’éther», Revue scientifique, 35, 2 mai 1885.
14. BOSC DE VEZE E., 1908, De l’Opium et de la morphine, Bibliothèque des curiosités.
15. LORRAIN Jean, 1900, La Lanterne magique, Histoire de masques, 011endorff, Paris.
16. DAUDET Léon, 1895, Les Katntchaka, mœurs contemporaines, Charpentier et Fasquelle, Paris.
17. CYRIL V. et BERGER Dr., 1924, La et Coco 0, poison moderne, Flammarion, Paris.
18. GUIMBAIL Henry, 1891, op. cit.
19. TAILHADE Louis, 1907, «La noire idole, essai sur la morphinomanie», Le Mercure de France, Paris.
20. TALMEYR M., 1892, Les Possédés de la morphine, Pion, Paris.
21. RICHEPIN Jean, 1884, « La soif de quoi ?», Les Blasphèmes, Dreyfus éd., Paris.
22. DONNAY Maurice, « Eros vanné », chanson interprétée par Yvette Guilbert.
23. MAUCLAIR Camille, 1904, La Ville lumière, 011endorff, Paris.
24. CEARETIE Jules, « Le droit à la morphine », Le Temps, 4 octobie 1881.
25. PAPETTI-TISSERON Yolande, 1986, Du deuil a la réparation, Anna O. restituée a Bertha Pappenheim, Editions des Femmes, Paris.
26. MAYREDER Rosa, 1905, Zur kriti k der IVeiblichkeit, lena.
27. BARRES Maurice, 1965, Mes cahiers, Club de l’Honnête Homme, tome 16, Paris.
28. GUAITA Stanislas (de), 1883, La Muse noire, Lemerre, Paris.
29. RETTE Adolphe, 1913, Au Pays des lys noirs, Tequi, Paris.
30. MALLAT de BASSILAN, 1885, La Comtesse morphine, Frizine, Klein et compagnie, Paris, et DUBUT DE LAFOREST Jean-Louis, 1891, Morphine, Dentu, Paris.
31. ARENE Paul, « Les décadents », Gil Blas, 17 mai 1885.
32. RODET Paul, 1897, Morphinomanie et morphinisme, Alcan, Paris.
33. TALMEYR Maurice, 1892, op. cit.
34. MUN Albert (de), 1908, La Vie tragique des travailleurs, Paris, rééd. 1984, Paris.
35. GUIMBAIL H., 1891, op. cit.

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