Drogues : sortir de l’hypocrisie française (dossier de blog)

Sur Laurent MUCCHIELLI – Drogues et toxicomanies

On le sait, une certaine rhétorique politicienne manichéenne a enfermé le débat sur la sécurité dans une opposition entre rigueur et laxisme, et certains s’y font toujours prendre. Mais ce genre de simplismes pollue tout aussi bien le débat sur les drogues, qui est enfermé depuis des décennies dans une prétendue opposition entre pénalisation et dépénalisation. Oui, nous disons bien « polluer » tant ces discours font prendre à la société française des années de retard dans le traitement de certains problèmes sociaux. Car le constat est là, massif : la France possède une des législations européennes les plus répressives en matière de drogues, et c’est pourtant l’un des pays européens où la consommation de drogues a le plus augmenté au cours des 20 dernières années. Ce sont désormais plusieurs millions de Français qui consomment du cannabis plus ou moins régulièrement. Il faut donc le dire haut et fort : la prohibition est un leurre et c’est une ligne politique irresponsable. Une façon de se donner bonne conscience sans se soucier de la réalité. Cette réalité est qu’un monde sans drogues est désormais impossible. Dès lors, il faut sortir de l’irresponsabilité, cesser de prétendre vouloir et pouvoir « éradiquer » les drogues pour essayer concrètement de réduire le plus possible les risques en termes de santé et de sécurité. Pour cela, outre qu’il faudrait se donner les réels moyens policiers et judiciaires de lutter contre les trafics organisés (tant internationaux que nationaux et locaux), il faudrait aussi comprendre qu’il existe une troisième voie entre prohibition et laisser-faire : la voie de la réglementation. L’Etat pourrait définir comment acheter légalement des produits médicalement contrôlés, dans quelles conditions exercer la liberté de consommer, voire même dans quelle mesure pouvoir cultiver certains produits pour un usage privé, y compris de type thérapeutique. Tout ceci pourrait s’expliquer, s’enseigner et se contrôler. La réglementation reléguerait ainsi les produits réellement toxiques et réduirait considérablement les trafics, établissant dans l’esprit de chacun (et surtout des jeunes) une ligne de démarcation claire et réaliste entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, comme entre ce qui est dangereux et ce qui ne l’est pas. En bref : on passerait de la politique idéologique de prohibition à la politique pragmatique de réduction des risques  (L.M.)

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