La santé des personnes sans chez soi

Plaidoyer et propositions pour un accompagnement des personnes à un rétablissement social et citoyen

Rapport remis à Madame Roselyne Bachelot-Narquin,
Ministre de la Santé et des Sports
Vincent Girard, Pascale Estecahandy, Pierre Chauvin
Prologue : pourquoi les termes sans chez soi et rétablissement ?
Le terme sans chez soi a fait débat lors de la première réunion du groupe de travail. Les personnes peu convaincues avançaient que ce n’était pas en changeant de terme que l’on changerait le problème ni la réalité, que ce terme
ne renvoyait à aucune définition consensuelle au niveau international et qu’il était , en outre, difficile à prononcer. Nous avons néanmoins décidé de l’utiliser et de le conserver dans ce rapport pour plusieurs raisons.
D’abord ce terme ne renvoyait pas à une définition administrative (sans domicile) mais partait de l’expérience des personnes. En effet ce qui pose problème, selon les personnes sans abri auditionnées, c’est l’absence d’un lieu à soi, où l’intimité et la sécurité soient garanties et qui s’inscrive dans un espace urbain délimité et privé : c’est-à-dire un « chez soi ». Il s’agit donc bien plus d’un habitat à soi que d’un simple abri contre le vent et la pluie. La question du « chez soi » renvoie à la citoyenneté (notamment au respect des droits fondamentaux et constitutionnels) et à l’accomplissement d’une vie pleine et entière, et pas seulement à la protection contre les intempéries ou à des logiques de survie.
La conférence de consensus de 2007 « Comment sortir de la rue » avait validé ce terme de sans chez soi comme un terme de référence. Ce rapport souhaitant s’inscrire dans la continuité de cette conférence de consensus, nous avons donc fait le choix de le reprendre à notre compte et de l’utiliser ici.
Le terme de rétablissement a été choisi, lui, à la fin du travail entrepris pour ce rapport car il permettait de résumer la nécessité que nous avons à mieux prendre en compte les compétences des personnes elles-mêmes quand nous él
aborons des politiques, des stratégies et des programmes pour ces personnes.
Comme le terme sans chez soi, le « rétablissement » est un concept qui part de l’expérience des personnes. Il est né dans le champ de la santé mentale en Amérique du Nord. Sa promotion fut d’abord le fait des personnes atteint de maladie mentale et de leurs familles à travers le mouvement d’associations d’usagers pour défendre leurs droits et lutter contre la stigmatisation. Dans un second temps, ce concept a été repris par les chercheurs et les professionnels. Une alliance s’est créée autour d’objectifs communs : développer ses compétences à avoir une vie satisfaisante, être un citoyen comme les autres même si des symptômes et/ou un handicap persistent. Des critères de rétablissement ont été proposés, comme l’intégration dans la communauté, la capacité à se gérer soi-même, à développer des activités sociales, à se redéfinir et à reconstruire un sens de soi. Aujourd’hui, le « rétablissement » propose une façon nouvelle de penser le soin. Il existe des soins orientés autour du rétablissement et des politiques nationales de santé construites à partir de ce paradigme. Les personnes malades y prétendent jouer un rôle de premier plan dans la co-construction et la mise en place de ces nouvelles politiques de santé, de ces nouvelles
pratiques de soins, ainsi que dans les recherches conduites dans ces domaines. Ce terme s’oppose en outre à l’idée d’incurabilité des personnes malades et à une image de personnes sans chez soi faibles et sans capacités, ce qui est une violence supplémentaire qui leur est faite. Le rétablissement parle du parcours et du combat des personnes face à la maladie et à l’exclusion. Une politique du rétablissement reconnaît l’intérêt des expériences des personnes et utilise leurs compétences.
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