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Les usages de drogues, les profils et les trajectoires

Chapitre de La méthadone et les traitements de substitution,
en coll. avec William Lowenstein, GOURARIER Laurent, Bertrand Lebeau, Serge Hefez, 1995

Diversité des usages

Une des difficultés auxquelles le praticien est confronté est la diversité des usages de drogue. Il n’existe pas de portrait type de l’usager de drogues, qui ne peut être défini ni par l’âge, ni par le sexe ni par l’appartenance à une catégorie sociale ou culturelle. Depuis les années 70, l’usage de drogue est associé à la jeunesse mais des années 30
aux années 50, les usagers de drogue, opiomanes ou morphinomanes, étaient plus souvent des hommes dans la force de l’âge, militaires et coloniaux, professions médicales ou artistes. En Chine, traditionnellement, l’opium était le privilège des hommes âgés. Actuellement, les femmes sont sous-représentées, mais au XIXe siècle, ce sont « les morphinées » qui d’abord ont apprécié l’usage de la morphine. Alors que la cocaïne a été considérée dans les années 80 comme une drogue de riche, elle était considérée, en opposition à l’opium aristocratique, comme populaire, voire crapuleuse dans les années 20, « Tabac pour la concierge et coco pour la grue », écrit Desnos dans « Ode à Coco » en 1919. Il n’existe pas davantage de fonctionnement psychique spécifique à l’usager de drogue ou de « personnalité toxicomaniaque ». Expérience individuelle depuis le XIXe siècle, qui s’oppose aux usages collectifs, médicinaux ou religieux dans les sociétés traditionnelles, l’usage de drogue n’en relève pas moins de l’anthropologie. Par leurs propriétés pharmacologiques, les psychotropes revêtent fondamentalement une fonction de passage, passage d’un âge à un autre qui a pu être ritualisé dans les sociétés traditionnelles, mais aussi passage d’une culture à une autre. (…)
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