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« L’Obs » mène le débat sur la légalisation : Les pour et les contre

Anne Coppel : légaliser la drogue pour la domestiquer.
Jean-Paul Jean : supprimer l’interdit, c’est démissionner .
Francis Curtet : ne pas laisser les gens se détruire.
anne coppel jean paul jean francis curtetLe Nouvel Observateur. – Anne Coppel, dans le livre que vous publiez avec Christian Bachmann, « le Dragon domestique », vous prenez position pour la légalisation de la drogue. Vous ne craignez pas de passer pour des suppôts de Satan ?
Anne Coppel. – Plutôt que de légalisation, nous préférons parler de domestication, car cela suppose une stratégie progressive; ce n’est pas une politique que l’on peut mettre en oeuvre du jour au lendemain. Elle ne supprimera pas le problème de la drogue. Mais c’est une solution plus rationnelle, qui éliminera les mafias, réduira la délinquance, réduira aussi tous les fantasmes qui alimentent la drogue elle-même et font partie de son marketing.
Francis Curtet – Vous parlez de domestication … Un domestique est au service de quelqu’un. La drogue n’est jamais au service de l’individu. C’est l’individu qui en est esclave. C’est une illusion totale de penser qu’un jour on pourrait domestiquer la drogue. Vous dites que cela supprimera la mafia et la délinquance. Cela supprimera peut-être, en effet, une partie du trafic. Admettons … Mais poussons votre raisonnement jusqu’au bout: pourquoi ne distribuerait-on pas de l’argent une fois par mois aux braqueurs de banques pour éviter les hold-up ? Ce raisonnement nous fait déraper dans l’utopie. Troisièmement, si on légalise la drogue, cela veut dire qu’il faut tout légaliser, sans exclusive. Il y a dans la démarche du toxicomane quelque chose qui l’incite à prendre un produit justement parce qu’il est interdit. Vous légalisez le cannabis, bien. Puis la cocaïne, puis l’opium, puis l’héroïne … Et pour le crack, qu’allez vous faire ? Il vous faudra bien le légaliser aussi. Et ensuite l’ice, et puis de nouveaux produits, toutes les saloperies que l’homme est capable de créer. Il faudra les légaliser au fur et à mesure, sinon les marchés parallèles s’organiseront sur les produits qui resteront interdits.
Jean-Paul Jean. – Je crois que la légalisation produirait un effet d’appel dont on ne peut absolument pas maîtriser les conséquences. Plus un produit est présent sur le marché, plus il y a de consommateurs potentiels qui y ont accès. On aboutirait donc à ce que beaucoup plus de gens se droguent.
Anne Coppel. – Le point de départ c’est le constat de faillite de la politique de lutte contre la drogue. Une politique s’évalue à ses résultats. Ici, la faillite est indiscutable. Il faut en tirer les conclusions.
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