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Manifeste de FEMMES PUBLIQUES

UNE ASSOCIATION FÉMINISTE EST NÉE !

Femmes Publiques est une association féministe née auprès des prostituées. Pour ouvrir le débat, pour élargir le domaine des possibles des unes et des uns.

Partout les rapports de pouvoir et de domination s’instaurent et fabriquent de la contrainte. Que nous soyons prostitué-es, homosexuel-les ou hétérosexuel-les, sociologues, journalistes, investi-es dans des partis politiques de gauche, militants associatifs voire membres d’une « corporation » socialement qualifiée ; nous n’en sommes aucun-es exempt-es. Nous refusons que la domination soit notre seul mode de penser ; nous refusons de dire qui est victime à la place, voire contre l’avis des personnes concernées : Nous croyons que chacun-e a sa marge d’action, une capacité d’autonomie qu’il s’agit de renforcer, d’autant plus qu’il y a domination, qu’il y a exploitation. Nous ne voulons plus de la compassion, du malheur et de l’aliénation comme leitmotiv d’exclusion de fait. C’est à ce titre que nous sommes pour tous les droits pour tou-tes sans distinction – nous n’en pouvons plus de la protection par l’interdit – , mais également pour un droit qui prête une attention particulière aux personnes frappées par le stigmate de la discrimination de genre, de sexe et de sexualité.

Féministes, nous le sommes parmi tant d’autres. Pourtant, en France, nous avons été bien seul-es à combattre les lois Sarkozy criminalisant notamment les prostitué- es, à ne pas nous poser en censeurs. Les temps ont bien changé, depuis la révolte des femmes publiques en 1975 où les féministes françaises soutenaient majoritairement leur lutte. Aujourd’hui, elles réduisent les prostitué-es/clients à un duo « victimes-trous »/ « viandards » dont elles rêvent la disparition pour les un-es, la prison pour les autres : un féminisme qui en vient à s’indigner : « cachez ce sein que je ne saurais voir » :il se pourrait qu’il mette en cause une idéologie devenue sclérosée !

Féministes, nous le sommes parmi tant d’autres, mais nous étouffons dans le féminisme français !

Femmes Publiques est né d’un ras le bol. Nous entendons défendre le droit de toute personne – femme, homme, trans – qui fait l’objet de discriminations de sexe, de genre, en raison de sa sexualité ou de l’usage fait de son corps. Ces discriminations se doublent souvent de disqualifications économiques et raciales. Dans tous les cas, la principale violence consiste à confisquer la légitimité du discours sous prétexte de son aliénation. Mais nous sommes tou-tes des aliéné- es ! Et nous construirons nos libertés – et nos folies – ensemble.

Femmes publiques considère les trans comme les femmes ou les hommes qu’ils/ elles sont devenu-es, les putes et les préjugés qu’elles ou ils subissent comme aptes à questionner nos modèles. Femmes publiques met en application « On ne naît pas femme, on le devient » et pense la construction sociale et singulière des corps comme préalable.

Nous en appelons à un féminisme qui ne cherche pas « La » faute dans la sexualité, à un féminisme qui intègre désir et plaisir, de manière décomplexée. Femmes publiques considère que la sexualité est toujours dans le champ des échanges, du social et du politique et veut en finir avec cette illusion du don et de la gratuité qu’on n’attend surtout des femmes. Nous disons que derrière la dénonciation de la marchandisation des corps, il y a souvent la revendication d’une tradition dont nous ne voulons plus : celle où la femme n’a que le droit de donner, pas de prendre, encore moins de négocier les modalités d’un échange qui peut varier à l’infini. La sexualité est autre chose que « sale  » ou  » merveilleuse « .

Elle doit être sujet à confrontation, à évolution, une dynamique qui ne peut qu’impliquer les hommes également. Nous faisons le pari de travailler sur nos communautés d’intérêt : Femmes Publiques veut impliquer les divers tenants des dominations. Confronter les hommes à l’émancipation des femmes pour faire évoluer cette relation tout entière, avec tous ses acteurs/trices. Nous sommes une alliance issue de différentes minorités – mais aussi de majorités en devenir minoritaire, comme le dirait Deleuze – : prostitué-es, lesbiennes, femmes, hommes, homos, hétéros, trans, nous ne comptons pas nous arrêter là, les discriminations et contextes étant toujours là en rappel à l’ordre.

Femmes Publiques est une minorité et tient à le rester y compris dans ses prises de parole, y compris sur le devant de la scène. Car nous n’avons pas peur des paradoxes : nous les fabriquons pour ne pas nous prendre les pieds et le corps dans une norme excluante. Dès lors, Femmes Publiques est utopiste : nous croyons que seul le mouvement prévient le glissement de belles idées vers des moyens de pression. Nous sommes utopistes parce que nous ne souhaitons pas devenir contraint-es. Femmes Publiques est action : elle bat déjà le pavé !

Femmes Publiques est une initiative de : Malika Amaouche, graphiste ; Claire Carthonnet, prostituée ; Anne Coppel, sociologue ; Laurent Rossignol, traducteur ; Anne Souyris, journaliste.

Source : http://www.agirprostitution.lautre.net/article.php3?id_article=56

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