Marche ou rave !

Sébastien Homer, L’Humanité

Le Sénat a voté pour une déclaration préalable des raves, répression à l’appui.

Les faits

Sale temps pour les amateurs de techno. Malgré la mobilisation des  » teufeurs « , les sénateurs ont voté cette semaine pour une  » déclaration préalable des rave parties « . Daniel Vaillant a repris à son compte l’amendement du député RPR Thierry Mariani dans le cadre du projet de loi de sécurité quotidienne. Ainsi, les organisateurs de raves parties devront faire une déclaration préalable auprès du préfet. Ce dernier  » pourra, après concertation, les inviter à prendre toute mesure utile pour que soit assuré le bon déroulement du rassemblement « . Si ces mesures sont insuffisantes, il pourra interdire la rave. Et si celle-ci est maintenue, ou si elle n’a pas fait l’objet de déclaration,  » les officiers de police judiciaire pourront saisir le matériel utilisé « . Seul le PCF a voté contre cet amendement. Absents du Sénat, les Verts ont, de leur côté, dénoncé  » une mesure liberticide « . Le milieu techno est en émoi et l’association Technopol appelle à une manifestation le 16 juin à Paris sur le thème  » Laissez-nous danser ! « .

Les questions

1. Veut-on faire entrer les raves dans le marché ?

Avec ce système de déclaration préalable et, au regard des exigences qu’édicte cet amendement, on peut craindre la disparition des free parties, par essence spontanée, gratuites et donc… bien souvent illégales. Si les organisateurs sécurisent les lieux, l’économie du milieu ne permet pas de répondre aux règles draconiennes des autorités. En plus d’un sound system, les  » teufeurs  » devront-ils transporter des WC chimiques à l’arrière de leur camionnette et payer un service d’ordre ? En clair, ne veut-on pas, à travers cet amendement, renvoyer les amateurs de techno dans les boîtes de nuit ou n’avoir à faire qu’à des  » raves commerciales  » ? La gratuité fait peur…

2. Le PS se la joue-t-il  » sécuritaire de gauche  » ?

Tout est parti de Thierry Mariani, député RPR de Vaucluse, surfant sur le mécontentement de ces élus locaux qui voient d’un assez mauvais oil des centaines de jeunes débarquer dans un champ autour d’une sono. Mariani a joué la carte  » sécurité-drogue-nuisances sonores « . Daniel Vaillant a intégré cet amendement, clamant à qui veut l’entendre qu’il  » n’est en rien liberticide « , insistant  » sur la liberté des jeunes mais aussi sur leur sécurité « , voulant par cette mesure  » responsabiliser les organisateurs « . D’autres, côté PS, ne s’embarrassent pas de telles précautions. En témoigne le sénateur Jean-Claude Peyronnet :  » Il s’agit de protéger les jeunes contre eux-mêmes.  » Cela fait quelque temps que le PS ne veut plus être taxé de laxisme, reprenant à son compte un discours sécuritaire jadis monopolisé par la droite. Seule voix à s’élever contre cet amendement au palais du Luxembourg, celle du sénateur communiste Robert Bret :  » Notre arsenal juridique ne suffit-il pas ? N’est-ce pas stigmatiser cette jeunesse que d’adopter un dispositif spécifique aux rassemblements musicaux qu’elle apprécie ? « 

À droite, on jubile. Thierry Mariani, à propos de la saisie du matériel, considère que  » c’est la seule sanction efficace pour identifier les organisateurs qui ne prennent pas leurs précautions en termes d’autorisation, de sécurité et de consommation de drogue « . Quant au rapporteur, le RPR Jean-Pierre Schosteck, il a qualifié l’amendement du gouvernement de  » bienvenu, complet et bien rédigé « . Lorsqu’on reçoit les félicitations de la droite, il faut se demander quelle boulette on vient de commettre…

Notre conclusion

Si ce n’est pas encore une interdiction des raves, ça y ressemble. Certes, ces rassemblements posent des problèmes de drogue et de sécurité. Mais plutôt que de jouer le dialogue et une prise en charge des risques concertée comme cela était fait jusque-là par la mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie ou Médecins du monde, on préfère menacer ces jeunes, forcément  » irresponsables, dangereux pour les autres et pour eux-mêmes « . Il y a de la drogue et des morts, comme dans les discothèques, au sortir desquelles les jeunes trouvent souvent la mort, un volant entre les mains, de l’alcool dans le sang quand ce n’est pas d’autres substances. Daniel Vaillant parle de dialogue et sort l’artillerie lourde de la répression. L’effet est on ne peut plus contre-productif : le mouvement techno, de moins en moins marginal, suspecté des pires maux, pourrait retourner dans la clandestinité d’où il est peu à peu sorti. Est-ce ainsi qu’on responsabilise ou qu’on amorce le dialogue ? Il y a trois ans, Catherine Trautmann et Jean-Pierre Chevènement y étaient parvenus. Jack Lang appelle de ses vœux la tenue d’une table ronde entre les ministères et les organisateurs, qui sont en train de se fédérer pour faire contrepoids. D’ailleurs, Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Île-de-France, lui a emboîté le pas.

La gauche doit se ressaisir. Ce n’est pas en chassant sur les terres de la droite qu’on redore son blason. Le PCF et les Verts, ainsi qu’une partie du PS commencent déjà à faire entendre leur voix. Tout se jouera lors de la seconde lecture à l’Assemblée nationale, avant le 30 juin. Et le 16, si vous êtes à Paris, place de la République et que vous voulez défendre la techno, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

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