MUCEM – Exposition et Livre : « VIH/sida. L’épidémie n’est pas finie »

Quarante ans et 36 millions de morts après sa découverte, le VIH circule encore. Si les traitements antirétroviraux permettent désormais de vivre avec la maladie, on compte toujours près d’un million de décès chaque année dans le monde. L’apparition du sida et sa propagation dans les sociétés contemporaines ont provoqué des bouleversements intimes et sociaux, révélé des fractures et suscité des luttes historiques. Notre société porte les héritages de celles-ci, mais aussi la persistance des disparités engendrées ou révélées par le VIH/sida. Les luttes se poursuivent, pour briser le silence, éviter les nouvelles contaminations et réduire les inégalités, notamment en termes d’accès aux traitements.

Retraçant son histoire sociale, l’exposition « VIH/sida : l’épidémie n’est pas finie ! » et ce livre qui s’en fait l’écho s’appuient sur l’important fonds d’objets et d’archives du Mucem, constitué dans les années 2000 par le biais d’une enquête ethnographique qui a permis la collecte de nombreuses traces des luttes, en France, en Europe et en Méditerranée. Le projet a été conçu en étroite collaboration avec des personnes vivant avec le VIH, des militant·es, des soignant·es et des chercheurs·euses. Ce livre articule ainsi une histoire subjective de l’épidémie avec plusieurs récits relatifs à la collecte, permettant un dialogue entre le point de vue des acteurs·trices et celui du musée. Il a  l’ambition de dresser un bilan des conséquences sociales de l’épidémie et des luttes qui lui sont opposées, pour inscrire cette histoire dans un cadre patrimonial et questionner la place de son héritage. Toutefois, loin d’enfermer le sida au musée, il s’agit aussi d’alerter : cette épidémie n’est pas finie.


Catalogue coordonné par :

Stéphane Abriol, Christophe Broqua, Renaud Chantraine, Caroline Chenu, Vincent Douris, Françoise Loux, Florent Molle et Sandrine Musso.


Avec les contributions de :

Stéphane Abriol, Stéphane Akoka, Françoise Baranne, Emmanuelle Barbaras, Mary Bassmadjian, Pascale Bastiani, Dominique Blanc, Thibault Boulvain, Christophe Broqua, Camille Cabral, Jean-Baptiste Carhaix, Isabelle Célérier, Michel Celse, Pascal Cesaro, Renaud Chantraine, Caroline Chenu, Anne Coppel, Tom Craig, Didier da Silva, Gustave Dah, Hélène Delaquaize, Vincent Douris, Nicole Ducros, Mario Fanfani, Fabienne Hejoaka, Catherine Kapusta-Palmer, Gaëlle Krikorian, Jean-Marc La Piana, Guillaume Lachenal, Gwenola Le Naour, Françoise Loux, Christophe Martet, Romain Mbiribindi, Florent Molle, Sandrine Musso, Paul-Emmanuel Odin, Fabrice Olivet, Patrick Philibert, Alain Pierre, Julien Ribeiro, Giovanna Rincon, Régis Samba-Kounzi, Thierry Schaffauser, Isabelle Sentis, Marie-Hélène Tokolo, Nicole Tsagué, Arnaud Veïsse, Emmanuel Vigier et Jörn Wolters.


 


SOMMAIRE :



APERÇU DE L’ARTICLE :



PRÉSENTATION DE L’EXPOSITION ET DE SON CATALOGUE :



MÉDIAS, ILS EN ONT PARLÉ :


 


« VIH/sida. L’épidémie n’est pas finie », retour sur 40 ans de combat contre la maladie


Par Philippe-Jean Catinchi, Le Monde, 7 février 2022


Le catalogue de l’exposition à voir jusqu’à début mai au Mucem fait le récit de la collecte d’objets et de documents présentés dans le musée marseillais, témoins de l’épidémie apparue dans les années 1980.


Temps 

Livre. Apparue au début des années 1980, avec l’évocation des premiers cas dans le New York Times en juillet 1981, nommée bientôt « sida » (1983) et aussitôt marqueur d’une stigmatisation tenace, la maladie n’appartient pas au passé. Et si le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille, s’est proposé de l’inviter, commémorant quarante ans de ravages, ce n’est pas pour en fermer la page – toujours ouverte – mais, au contraire, pour proposer un retour sur ces quatre décennies d’une histoire sociale et politique à partager.

Il y a là un militantisme assumé dans la démarche, comme dans l’aventure qui mobilisa la collecte de ces objets et documents, amorcée au milieu des années 1990 par le Musée national des arts et traditions populaires, aux portes du bois de Boulogne, fermé en 2005, avant qu’il ne renaisse à Marseille, en 2013, en MuCEM. Comme plus tôt encore, il a fallu un engagement puissant de celles et ceux qui n’ont pas accepté l’invisibilisation des malades et le silence fait autour du fléau. Patients, soignants, artistes s’efforçant de témoigner d’un drame dont les représentations publiques tenaient de la caricature et déshumanisaient les victimes, chacun a voulu conjurer la fatalité et redonner leur dignité aux victimes.

Bouleversements intimes et collectifs

Porté par des mouvements associatifs qui ont parfois spectaculairement interpellé l’opinion et les pouvoirs publics – on se rappelle Act Up-Paris coiffant l’obélisque de la Concorde d’un préservatif rose en décembre 1993 –, le combat voit son histoire magistralement contée dans le livre qui paraît en complément de l’exposition marseillaise. Souvent par la voix de celles et ceux qui ont réagi et agi les premiers. Aux commandes de l’ouvrage, les huit commissaires de l’exposition – sept chercheurs, la plupart anthropologues, et un responsable des recherches opérationnelles du Sidaction, Vincent Douris, qui recueille ici la parole d’une douzaine de témoins. Par d’autres voies, ils reprennent le défi d’une exposition de lutte : comment briser le silence, juguler la contagion, réduire les inégalités, notamment dans l’accès aux traitements, tout en mesurant les bouleversements intimes et collectifs que le sida a provoqués.Tous s’effacent devant les témoignages. Et si Françoise Loux et Stéphane Abriol, pionniers de ce projet singulier et responsables de la collecte « Histoire et mémoires des luttes contre le sida » (2002-2006), signent seuls des contributions personnelles, c’est bien en tant que témoins et acteurs. Voire plus pour qui découvre le terrible Triptyque : nécessaire de survie du séropositif au VIH (2004), où Abriol donne à voir, dans l’armoire à pharmacie d’un malade, les médicaments qui racontent l’évolution des thérapies, simples jalons de la lutte contre la mort tant que la guérison n’est pas à l’ordre du jour.

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