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La prohibition, une politique antidrogue obsolète

« L’essai »
Patrick Piro, Politis

 

La France, pilier majeur des doctrines de prohibition de la drogue dans le monde, s’obstine dans cette impasse : c’est le message de cet ouvrage, que l’actualité récente met en situation d’interpeller directement le gouvernement socialiste. Il y a dix jours, Vincent Peillon, ministre de l’Éducation se prononçait pour la dépénalisation du cannabis. Dimanche, Marisol Touraine, ministre de la Santé, a souhaité expérimenter des salles de consommation de drogues avant la fin de l’année. Malgré les rappels à l’ordre de son Premier ministre (« la dépénalisation n’est pas à l’ordre du jour »), le statu quo souhaité par François Hollande apparaît de plus en plus passéiste.

En 1994, contrainte par l’explosion de l’épidémie de sida, la France s’était résolue à une politique de réduction des risques liés à la consommation. Mais guère au-delà de la distribution de seringues puis de substituts à l’héroïne. Alors que des salles de shoot (pour consommer « propre ») fonctionnent avec succès dans une demi- douzaine de pays européens, la modeste proposition de Marisol Touraine provoque l’émoi politique.

La consommation reste strictement pénalisée en France (même si elle est peu criminalisée), alors que la mesure est sans impact sur l’usage de drogues, selon de nombreuses études. Cependant, c’est sur le front de la répression du trafic que les auteurs apportent l’un des éclairages les plus intéressants de cet essai. Car ça bouge, et pas n’importe où, relèvent Anne Coppel, sociologue, et notre collaborateur Olivier Doubre, spécialiste de ces questions : dans les Amériques, Sud et Nord, un conclave historique a officiellement reconnu l’échec de la « guerre à la drogue », y compris de la part des États-Unis, après des milliards de dollars d’opérations militaires et 31 millions d’incarcérations en vingt-cinq ans. L’an dernier, une commission internationale comptant Kofi Annan, ex-secrétaire général des Nations unies, et plusieurs anciens présidents latinos appelait même à la fin de la prohibition.

La France ignore presque tout des développements d’une réflexion novatrice et pragmatique : puisqu’il est utopique de miser sur une éradication du trafic, réduisons les dommages qui y sont associés. À Boston, une coopération inédite (police, justice, santé…) a fait chuter la violence liée à la drogue. Au Portugal, la priorité au traitement social et sanitaire des toxicomanes a réorienté la stratégie de la police vers le grand trafic.

En Espagne, grâce aux 300 « cannabis social clubs », des milliers de consommateurs échappent au marché illégal. À mille lieues du stérile « zéro tolérance » de Sarkozy, qu’Hollande peine encore à répudier.

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